Déc 19 2014

Rencontre avec Annelise Heurtier au lycée Turgot de Limoges

Rencontre avec Annelise Heurtier par les élèves de la classe de seconde 2 du lycée Turgot de Limoges :

 

Jeudi 11 décembre, de 14h00 à 16h00, les élèves de seconde 2, accompagnés de leur professeur de lettres, Mme Yung et des professeurs documentalistes, Mmes Pouyaud et Rouveron, ont eu l’honneur de recevoir Annelise Heurtier, auteur de Sweet Sixteen, roman concourant pour le Prix Passerelles 2015, prix organisé par des professeurs documentalistes de l’académie de Limoges mettant à l’honneur la littérature de jeunesse (http://blogs.crdp-limousin.fr/87-prix-passerelles/)
Sweet Sixteen, inspiré d’une histoire vraie, relate le combat des premiers élèves noirs souhaitant intégrer un lycée de Blancs en Arkansas, en 1957.
Résidant à Tahiti, Annelise Heurtier a profité de son retour en métropole pour venir à la rencontre des élèves et répondre à leurs questions sur son livre, le métier d’écrivain, le monde de l’édition etc.
Voici le compte-rendu de cet échange passionnant et enrichissant pour tous !

1. Relisez-vous vos livres ?

 Non, je n’en ai pas tellement envie après les moultes relectures et corrections faites sur le texte avant sa publication !

2. Quel est votre parcours ? Exercez-vous un autre métier ?

 J’ai fait un bac scientifique, une classe prépa HEC puis une école de commerce…une filière assez classique voire « sérieuse », qui n’a rien à voir avec l’écriture ! Après avoir travaillé dans une chambre des métiers, en contact avec les artisans, j’ai suivi mon conjoint à Tahiti, où une proposition de poste lui a été faite. Je n’y ai pas cherché de nouveau poste et ai profité de cette opportunité pour me consacrer à l’écriture, que je pratiquais jusqu’alors en « hobby »…c’est à ce moment-là que ma carrière a vraiment décollé !

3. Dans Sweet Sixteen, quels éléments relèvent de la réalité ? De la fiction ?

 Le personnage principal, Molly, est directement inspiré de l’une des 9 étudiants noirs, Melba Pattillo. L’ensemble des rebondissements politico-judiciaires sont également vrais ainsi que des anecdotes telles que « l’incident du bol de Chili ». En revanche, les « Blancs » de l’histoire ont été inventés, notamment le personnage de Grace.

Il ne faut pas oublier qu’en 1957, le sud des Etats-Unis était encore profondément raciste et ségrégationniste, contrairement au Nord où les lycées étaient déjà mixtes. En témoignent nombre de publicités misogynes et racistes.

4. Le métier d’écrivain vous ennuie-t-il parfois ?

 Non, je ne m’ennuie jamais quand j’écris, j’adore cela. J’adapte mon écriture en fonction du roman. Pour Sweet Sixteen, le style est presque journalistique : des phrases simples, brèves, afin de ne pas « parasiter » le thème du livre, la ségrégation.

5. D’où vous vient l’inspiration ?

 Je lis, consulte les sites d’actualités et un événement retient mon attention. Commence alors le travail de recherches et l’histoire autour se met peu à peu en place. Mes romans ont souvent, effectivement, pour point de départ un événement réel, historique. Par exemple, l’inspiration pour le Carnet rouge est venue de la lecture d’un article sur les Kumari, ces petites filles érigées au rang de déesses au Népal.

6. Avez-vous un rituel pour écrire ?

 Ma journée d’écrivain se « cale » sur celle de maman ! Mariée et mère de deux enfants, je me lève à 5h30, emmène les enfants à l’école pour 7h (la journée commence tôt à Tahiti!). Ensuite, « expédition » des affaires courantes et je m’installe à mon bureau, le téléphone sur silencieux et travaille jusqu’à la mi-journée. Je mets ce temps à profit pour répondre aux courriels, caler des rencontres avec les scolaires, faire des corrections et bien sûr écrire ! Je récupère ensuite mes enfants à l’école et reprends mon rôle de maman jusqu’au lendemain. Le plus difficile, dans le fait de travailler à domicile, est de ne pas se laisser « parasiter » par les tâches du quotidien. Ce fut le cas au début mais désormais, j’arrive à bien compartimenter !

7. Quels sont vos genres littéraires de prédilection ?

 Mis à part le genre fantastique que je n’aime pas particulièrement, mes goûts sont plutôt variés. J’aimerais écrire des romans policiers pour un jeune lectorat. C’est le challenge que je me fixe pour cette année !

8. Écrivez-vous à la main ou à l’ordinateur ?

 Étant née avec l’ordinateur, je tape mes textes. Mais des études démontrent que la manière d’écrire dépend de l’outil utilisé : la réflexion et les phrases sont plus abouties lorsque l’on écrit à la main…

Pour la petite anecdote, de la même façon que les grands écrivains d’antan léguaient leurs manuscrits, les actuels cèdent leurs disques durs !

9. Côtoyez-vous d’autres auteurs ?

 J’ai un groupe d’amies auteurs, nous nous retrouvons chaque année au Salon du livre jeunesse de Montreuil et avons même écrit ensemble On n’a rien vu venir, un roman à 7 voix, préfacé par Stéphane Hessel, sur le thème d’un régime politique liberticide.

10. Que lisiez-vous à notre âge ?

 A l’adolescence, j’étais passionnée par Zola, notamment la série des Rougon-Macquart. Un livre m’a également particulièrement marquée, le Parfum de Patrick Süskind que je relisais chaque année. Plus jeune, j’ai également dévoré tous les Roald Dahl.

11. Outre l’écriture et la lecture, quelles sont vos passions?

 Enfant et adolescente, j’ai pratiqué la gymnastique à haut niveau et participé aux Championnats de France. Désormais, je fais de la plongée sous-marine (Tahiti oblige!) et de la course à pied.

12. Quel est votre livre préféré, parmi ceux que vous avez écrits ?

 Je les aime tous pour différentes raisons mais peut-être celui qui sortira en mars-avril 2015, Refuges qui retrace le parcours des migrants depuis l’Érythrée qu’ils fuient jusqu’à l’île italienne de Lampedusa. L’Érythrée est un pays de la corne d’Afrique où le régime politique, très fermé, empêche la liberté d’expression et de presse. Refuges donne la parole à dix migrants qui racontent leur long et douloureux périple pour atteindre l’Europe : sortie du pays, traversée du Soudan et les bédouins du désert qui ont fait du trafic d’organes leur fond de commerce, la Libye où ils sont souvent forcés de travailler clandestinement pour réunir l’argent à remettre aux passeurs qui leur feront traverser la Méditerranée sur des canots de fortune…S’ils ne se sont pas noyés durant la traversée, ils arrivent au large des côtes italiennes où une loi interdit aux bateaux de pêche de porter secours aux migrants…

Il est important de mettre en lumière des situations politiques liberticides qui ne sont pas forcément relayées dans les médias, comme cela est le cas pour l’Érythrée.

J’ai consacré 6 mois à réunir de la documentation pour ce roman et de là, 15 jours pour écrire les chapitres sur les migrants. J’ai, dans un premier temps, un peu « bâclé » l’histoire de Mila, la narratrice, tellement j’avais hâte de transmettre mon manuscrit à mon éditeur. Et c’est là qu’intervient le rôle primordial de l’éditeur qui m’a convaincu de modifier les chapitres sur Mila, améliorant ainsi mon livre.

13. Qui choisit les couvertures de vos romans ?

 A l’intérieur de la maison d’édition, c’est le rôle du directeur artistique. En fonction du sujet traité dans le livre, du public visé, il va « commander » une couverture, ainsi que les illustrations dans le texte, à un illustrateur bien précis. Je ne choisis pas les couvertures, on me les soumet et jusqu’à présent, je n’ai jamais rien eu à y redire ! Je ne sais pas ce qui se passerait si j’y mettais mon veto !

14. Sweet Sixteen est-il traduit dans d’autres langues ?

 Pour l’instant, il est traduit en Coréen. Il ne sera certainement pas traduit dans les pays anglo-saxons, de nombreux livres existent déjà sur les « Neuf de Little Rock ». Nous verrons bien dans les autres pays !

15. Avez-vous toujours eu envie d’écrire ?

 D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours aimé raconter des histoires ! Enfant, j’avais un cahier que je partageais avec mes copines : chacune d’entre nous écrivait un texte à tour de rôle. Au collège, j’adorais les rédactions, j’ai un peu décroché en 3e lorsqu’il a fallu rédiger des discussions ! Mais oui, j’ai toujours aimé écrire et inventer des histoires : lors d’un premier séjour à Tahiti, il y a une dizaine d’années, j’inventais déjà des histoires pour ma filleule. C’est d’ailleurs comme cela que pour moi, tout a commencé !

16. Faites-vous lire vos manuscrits à des personnes de votre entourage ?

 Oui à mon mari et à une copine auteur.

17. Si vous étiez une citation ?

 « Le bonheur, c’est de continuer à désirer ce qu’on possède », Saint-Augustin.

18. Vivez-vous de votre métier ?

 Je ne vis pas de la vente de mes livres. Il faut savoir qu’un auteur touche en moyenne entre 3 et 5% sur la vente d’un livre. Moi, j’ai de la chance, chez Casterman, mon pourcentage est bien plus élevé ! Mais cela ne suffit pas à vivre de ce métier, sachant qu’un tirage c’est environ 3000-4000 exemplaires. Sweet Sixteen, quant à lui, s’est vendu à environ 15000 exemplaires .

Ce que j’aime également dans ce métier, c’est rencontrer mes lecteurs, comme aujourd’hui. De retour définitivement en métropole en 2016, j’espère bien pouvoir aller plus régulièrement dans les classes et les bibliothèques échanger autour du métier d’écrivain et des livres !

Nous remercions chaleureusement Annelise Heurtier pour ces deux heures passées ensemble et espérons la revoir très bientôt, peut-être pour la sortie de son nouveau livre, Refuges ! En attendant, nous pouvons suivre son actualité sur son blog : http://histoiresdelison.blogspot.fr/

La classe de seconde 2 du lycée Turgot

BIBLIOGRAPHIE SELECTIVE D’ANNELISE HEURTIER

terre homme

Combien de terre faut-il à un homme ? Editions Thierry Magnier, 2014.

la ou naissent les nuages

Là où naissent les nuages. Casterman, 2014

sweet sixteen poche

Sweet sixteen. Casterman (poche), 2014

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Babakunde. Casterman, 2014

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On n’a rien vu venir. Alice éditions, 2012

lafille

La fille aux cheveux d’encre. Casterman, 2012

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Le carnet rouge. Casterman, 2011

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